Faute de réponse immédiate, nous avons donc orienté nos recherches vers toutes les autres pistes pour relever des indices sur la date de construction du pavillon et sa destinée ; ces sources sont au nombre de trois : Mme de la Taste, le canal des Bourasses et le port de Moricq.

 Catherine Henriette de Lambert

Je suis enclin à intituler ce court chapitre « sentiment et finance » ; cette dame est le personnage central, comme dans un roman historique, de la terre de Moricq.

Née en 1691, Mme de la Taste était la fille d’Henri de Lambert, seigneur au Change en Périgord, lieutenant au Roi de la citadelle de Saintes. Elle a 21 ans quand elle épouse, en 1712, Étienne de la Taste alors âgé de 70 ans…Ce dernier était officier dans les Gardes du Roi (chargé des levrettes du Roi) et en récompense de ses brillants services, il avait été nommé Maréchal de camp en 1702 et bénéficiait ainsi d’une généreuse pension de 10 000 livres ; mais il mourut le 13 mai 1714, deux ans après son mariage !

Pour vérification, il faudrait prendre connaissance du contrat de mariage de Mme de la Taste, afin de déterminer les biens constitutifs de la Seigneurie de Moricq du vivant de Mr de la Taste (et à défaut la question reste entière…) ; mais aussi, pour les mêmes raisons, de l’acte passé en 1720 devant un notaire de Cholet, préalablement, semble-t-il, à l’engagement des travaux, et dans lequel le pavillon pourrait être cité.

Devenu veuve et riche, Mme de la Taste, encore jeune, voulut jouir de la vie et se lança dans de nombreuses aventures sentimentales et financières. Femme entreprenante et désireuse de valoriser son domaine (vous en avez déjà eu un aperçu dans l’histoire de la terre de Moricq), elle obtint par intrigue le transfert du port céréalier de Saint Benoist sur Mer à Moricq, et, nouvelle propriétaire de la Seigneurie depuis le décès de son époux, elle transforma la tour de Moricq en grenier à blé. Elle obtint également, en date du 4 août 1722, un arrêt du Conseil du Roi Louis XV, dont voici la copie :

« Aoust 1722, à Versailles, veu par le Roy etant en son conseil l’arrest rendu par Iceluy le 10 mai 1721 sur la requestre présentée par Mme Catherine Henriette de Lambert veuve du sieur de la Taste maréchal de camp lieutenant major des gardes du corps tendant à ce qu’il plut à sa Majesté luy permettre de construire et établir un port à satisfaire sur la rivière le Lay paroisse d’Angles près Moric, d’y faire des travaux nécessaires, et après perfection, de l’entretenir à ses frais et dépens, et pour le mettre en état d’y subvenir, de luy accorder les droits dus et accoutumez sur tout ce qui sera chargé et déchargé, et qui passera au dit port tant par vaisseaux, barques, batteaux et leurs charges, que par les charrettes et autres voitures à pied et à cheval, lui permettre de faire desseicher tous les marais qui sont entre la ditte rivière du Lay et la terre ferme du costé des paroisses d’Angle, La Tranche et autres voisines à qui que ce soit que les dits marais puissent appartenir, etc … »

Un autre arrêt, 30 ans plus tard, le 13 juin 1752 : « autorisation donnée à Mme de la Taste de percevoir un droit de péage sur tous les objets débarqués ou embarqués dans le port, à charge pour elle d’entretenir une chaussée pavée de 1160 m qui y accède »

Enfin décision ministérielle du 16 mars 1853, décision qui met fin à la concession accordée à l’origine à Mme de la Taste et son rachat par l’État.

C’est bien Mme de la Taste qui, avec l’aide de l’ingénieur Macschihi et des habitants des communes concernées fit procéder à l’assèchement définitif du marais de Moricq (on peut aisément imaginer la pénibilité du travail au regard des moyens de travail et pour une œuvre aussi colossale !). La construction solide des bâtiments de ferme put alors être entreprise.

Malgré le caractère douteux de toutes les opérations décrites précédemment, les nombreux litiges et procès qui s’ensuivirent, Mme de la Taste revendit les terres desséchées de Moricq en 1762, faisant alors d’énormes profits…Elle mourut en novembre 1763, à l’âge de 72 ans.

Dans les différents textes auxquels nous venons de faire référence, le pavillon n’est jamais cité : est-il déjà construit ? sera-t-il construit ou reconstruit à cette occasion, comme le port ? ou sera-t-il édifié ultérieurement ? a-t-il été un bureau de péage pour le compte de Mme de La Taste avant de devenir bureau de l’octroi pour la commune ou l’Administration ?

Les autres biens relevant de la Seigneurie de Moricq, dont la Tour, ont-ils été vendus à la même date ou bien légués à son décès en 1763 ?

Après consultation des Archives royales, judiciaires, nous nous sommes penchés sur les études historiques consacrées aux travaux d’assèchement du marais ; ces études se répartissent sur trois époques à partir du VIIème siècle jusqu’à la fin du XIXème siècle. Malheureusement ces périodes furent entrecoupées de passage de désordre et d’abandon, causés par les guerres et les troubles religieux. Ainsi, les archives du marais du Lay ont-elles particulièrement souffert des troubles révolutionnaires ; et si la trame historique est sans aucun doute la même pour l’ensemble des marais, les détails nous échappent pour le marais du Lay. La Guerre de Cent Ans provoqua elle aussi ruines et abandons de ces travaux ; plusieurs tentatives de restauration au cours des XVI et XVIIème siècles furent entreprises, sans résultat durable ; il semblerait que les Hollandais (dont la tradition locale vendéenne exagère énormément l’importance, jusqu’à employer le mot de colonialisme !) appelés par Henri IV au début du XIIème siècle, n’intervinrent dans notre région que dans les vallées de la Sèvre Niortaise et de la Charente.

Concernant l’assèchement de la rive droite du Lay, Étienne Clouzot écrit : «  nous voudrions donner un exposé aussi complet pour le bassin du Lay, mais nous devons nous contenter de constater les résultats des dessèchements sans pouvoir indiquer en détail les travaux. Au XIIème siècle, sur la rive du Lay, les dunes de sable avoisinant Longeville se prêtaient à la culture pour permettre de prélever une taille assez élevée. Les marais proprement dits étaient l’objet d’une exploitation à Angles, à Curzon et à La Claye, de la part des religieux de Talmont, Angles, Fontaine et Bois-Grolland. Au début du XVIème siècle, on récoltait du froment et des fèves sur les bords de mer, à l’abri des relais et des digues. Sur l’autre rive du Lay, les religieux de Luçon et de Saint Michel en l’Herm s’occupaient depuis le XIIème siècle au moins, de la mise en valeur des marais ».

 La date de creusement du canal des Bourrasses :

Mes recherches ayant commencé par la Maison du marais de Saint Denis du Payré et s’étant révélé vaines, j’appelais au secours mon cousin poitevin ; ce dernier ne tira rien de mieux des Archives du Poitou-Charentes, mais Yannis S Conservateur du Patrimoine à Poitiersne l’aiguilla sur les Archives départementales de la Vendée. Revigoré, plein d’espoir, je fonçais à La Roche.

Las, après avoir lu pendant 6 heures 2 liasses de papiers (représentant quand même chacune 15 cm d’épaisseur), je ressortais de là, non seulement les yeux fatigués, mais en courant toujours après une date ! J e ne ramenais que l’acte du Conseil du Roi accordant tout (et bien plus !) à Mme de la Taste, acte dont je vous ai livré précédemment le contenu, et 3 citations du pavillon et du canal des Bourasses se rapportant aux années 1906 et 1916 et ne méritant même pas la moindre attention. D’intéressant aussi, je découvrais quelques allusions au port de Moricq que je vous livrerais le moment venu.

 Le port de Moricq :

Historiquement les premier ports n’ont été que des havres sur une côte ou une rive, où pouvaient accoster plus aisément les bateaux. Endroits où, en bonne intelligence des choses, s’installaient les habitants pour drainer en ce point les courants commerciaux, pour recevoir des marchandises ou expédier leurs produits. Il n’y a donc pas contradiction entre ces deux constats, sauf que nécessairement à partir d’un certain degré de développement, se créent un quai, des installations etc…

Nous avons donc vu que Mme de la Taste, forte de son entregent et par intrigues, fait ré-ouvrir le port de Moricq vers 1730, éclipsant ainsi celui de Saint Benoist sur Mer. Ce port était connu dès le XVème siècle, sous le nom de Grand Jonchet. Très florissant, il eut une activité primordiale (on dit qu’il fut le premier port exportateur de grains de la façade atlantique) et connut son apogée vers 1886, perdant alors petit à petit son mouvement commercial en raison de l’envasement du Lay ; à ce propos, voilà les quatre relevés puisés lors de ma dernière consultation aux Archives départementales :

→ Durant les mois de juin et août 1858, gros problèmes d’envasement.

→ Le 8 février 1860, une pétition est montée par un grand nombre de navigants pour obtenir l’amélioration du port.

→ Le 21 août de la même année, est lancé le projet d’établissement de quais au port de Moricq ; le Contre Amiral, Major Général de la Marine : « donne approbation d’établir 2 levées sur la rive droite du Lay pour la somme de 45 277 frs 01 y compris une somme à valoir de 7 000 frs » ; ce projet de quai sera finalement abandonné pour être remplacé par celui de bornes de halage : dans sa délibération du 25 août 1865, le Conseil municipal d’Angles vote «  à l’unanimité la création de bornes de halage aux différents coudes du Lay, depuis le chemin de La Tranche sur Mer jusqu’au port de Moricq ».

→ Le 7 novembre 1876, le Conseil Général de la Vendée (toujours en retard !) émet le vœu «  que l’Administration fasse procéder au dévasement du port de Moricq et réduit la dépense pour l’établissement de quais de 30 000 à 25 000 frs » En novembre de la même année apparait un projet d’estacades.

Lors de la Révolution (1793), il ravitailla le port des Sables assiégé par les « blancs » lui permettant ainsi de résister. Il cesse définitivement son activité en 1906. Il reste encore aujourd’hui quelques vestiges d’époque.

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